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Chapitre 2 : Après Poitiers

                                                                                    Accueil

-Introduction
-La prise de Narbonne par les Francs
-Implantations des populations musulmanes vaincues. Esclaves dans les mines des Cévennes
-Vestiges
-Comportement et administration
-Lieux-dits et populations sarrasines. Recherches archéologiques


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Introduction

La défaite des Arabes à Poitiers en 732 ne signifie pas la fin de leur présence en France, mais constitue un butoir à leur avance, en particulier vers le nord. Car pour Abd-al-Malik ibn-Qatn, nouvel émir, la priorité en Andalus est à ce moment précis de régler les crises internes. Néanmoins les Arabes fortifient encore plus les villes du Languedoc qu'ils occupent et entreprennent des actions vers l’est, à partir de Narbonne, qui restera leur place forte jusqu’en 759.

Dans le sud de la France, profitant de cette situation, des personnalités chrétiennes, qui n’acceptent pas d’être soumises au duc d’Aquitaine et encore moins au roi franc, « se hissent à la tête de leur ville ». Un provençal, Mauronte, s’octroie le titre de duc de Marseille; il fait appel aux Sarrasins, et étend son pouvoir jusqu’à la Provence entière (1).

L’émir ‘Oqba, qui gouverne l’Andalus de 734 à 740, noue par l'intermédiaire du gouverneur arabe de Narbonne, des alliances avec Riculfe et Mauronte, gouverneurs respectifs des régions de Nîmes et de Marseille. 'Oqba prépare ainsi la conquête du sud de l’Italie; à la même époque les Arabes ont déjà envisagé l’occupation de la Sicile (2).

Ainsi en 734, les Musulmans traversent le Rhône, occupent Arles et avancent vers la Provence. Ils occupent Fretta, aujourd’hui St-Rémi, et Avignon qu’ils appelleront Roche d’Abnyoun.
Ils resteront en Provence 4 ans (3 & 4). Ils y retourneront plus tard vers les années 870-880 avant d’en être expulsés vers 975.

En 737, Charles Martel et son frère Childebrand reprennent Avignon aux Arabes. En 739, Mauronte, l’allié des Sarrasins, perd ses positions en Provence et les Sarrasins ne traverseront plus le Rhône.
Après la prise d'Avignon, l'armée franque assiège Narbonne sans succès (5).

Charles Martel retourne en Austrasie, par la vallée du Rhône. Il quitte la Septimanie en emmenant des otages wisigoths dont il se méfie et de nombreux prisonniers sarrasins. Ceux-ci sont employés, pour une partie d’entre eux, à des travaux agricoles dans le Vivarais et les plus récalcitrants sont envoyés dans les mines argentifères des Cévennes qui servent de camp de répression (6).

Après la mort de Charles Martel, son fils Pépin est contesté dans son royaume mais les Arabes, préoccupés par leurs problèmes internes, ne profitent pas de cette nouvelle situation.


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La prise de Narbonne par les Francs

Une révolte éclate en Andalus contre ‘Oqba. Le gouverneur de Narbonne, Abd-ar-Rahman ibn ‘Alqama, qui est sous les ordres du chef de la révolte, part en Andalus pour participer aux combats (7).
Profitant du départ du gouverneur de Narbonne en Andalus, le petit-fils du duc d'Aquitaine, Waiffre, tente de reprendre Narbonne. Pépin assiège à son tour la ville pendant 7 ans, de 752 à 759, date à laquelle la ville est prise (8).

Narbonne est donc restée la base des marches Andalouses du nord pendant 50 ans.

La chute de Narbonne est un coup dur pour les Andalous. Car ceux-ci, une fois leur sécession de l’empire abbasside consommée (9), doivent faire face à deux adversaires, qui ne tardent pas à s’allier contre eux : les Francs et les Abbassides de Baghdad.
Les Francs prennent l’initiative d’attaquer les Andalous aussi bien en France qu’en Andalus. Abd-ar-Rahman 1er, en difficulté avec les Abbassides (10), offre son alliance aux Francs, offre rejetée par Pépin le Bref qui préfère avoir des relations avec Baghdad.

En 765 Pépin envoie des ambassadeurs auprès du khalife abbasside Al Mansour, et reçoit à Metz des émissaires du même khalife. En 768, celui-ci envoie à son tour des ambassadeurs à la cour de Pépin (11).
Charlemagne, quant à lui, il entre en relation avec Abd-ar-Rahman 1er, et lui propose une alliance par mariage et une trêve. Abd-ar-Rahman accepte la seconde offre et ne répond pas à la première (12).

Nous pensons que la sécession de l’Andalus vis à vis des Abbassides est un facteur important du recul des Arabes en France et en Europe: l'Andalus ne bénéficiant plus de la puissance de l'Empire abbasside, bien au contraire.

En 759, les Arabes après leur défaite à Narbonne ne quittent pas la France. Ils restent dans le Dauphiné, à Nice et dans les Alpes, sous les règnes de Pépin et Charlemagne.
Ils y restent jusqu’au 10ème siècle en multipliant leurs incursions en Provence et s’avancent dans le Piémont et la Suisse (13).

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Implantations des populations musulmanes vaincues. Esclaves dans les mines des Cévennes


On a peu d’informations sur l’implantation de populations musulmanes en France pendant la période étudiée. Cependant on dispose de quelques indices sur des populations qui restent prisonnières des Francs et des populations ayant fui dans les maquis après leurs défaites.

Chakib Arslan rapporte que le professeur Dalmas de la faculté de médecine de Montpellier donne, à la fin du 19ème siècle, une conférence sur les Arabes au cours de laquelle il dit : « Les Arabes arrivèrent dans la ville de Maguelone, non loin de Montpellier. Charles Martel les en chassa avant de brûler la ville afin qu’ils n’y retournent plus ».

   Eglise de l'Ecluse (Roussillon). Dessin du chapiteau de la nef (Dessin de J. Lacam)

 Le professeur Dalmas note que durant leur présence dans cette ville, les Arabes vendaient des livres de médecine et que des médecins arabes y étaient venus s'y installer et y exerçaient leur métier (14).
On parle aussi de populations installées dans le Bigorre, ainsi que de populations rescapées de la défaite de Poitiers en 732 (15).

Quand aux populations dont on retrouve les descendants dans les villages de la basse Ardèche, elles se composent de fugitifs, soldats qui ont échappé aux massacres de St-Just et de la plaine d’Aurelles perpétrés par Charles Martel en 737. Ainsi s’explique la persistance de leurs patronymes adaptés à la langue du pays. Dans d’autres cas, ils se sont perdus dans la population vivaraise. Exemple : Village de Balazuc « où le type maure demeure encore très accentué » (16).

Après 737, Charles Martel fait de nombreux prisonniers arabes. Ceux-ci sont installés dans des camps de concentration sur les gisements des Cévennes et de ses abords (mines de fer de Vinezac, mines d’argent de Thines, appelées autrefois Maurines, vallées de la Ligne, du Chassezac) où on trouve encore de nombreux toponymes sarrasins.

Les Arabes, qui ont occupé la région des mines pendant 18 ans, ont dû, pour exploiter les gisements, faire travailler des prisonniers chrétiens. Et puis voilà qu’ils se trouvent à leur tour eux-mêmes captifs, parqués dans les mêmes lieux pour y travailler sous étroite surveillance.
Du temps de Charles Martel et de Pépin le Bref les captifs sarrasins ne sont pas obligés d’abjurer leur religion; ce qui importe aux rois crétiens, c’est l’extraction du métal (17).

La Septimanie reçoit, elle aussi, de la main d’oeuvre sarrasine. En 793, lorsque l’émir andalou Hicham 1er attaque Narbonne, les captifs arabes travaillant dans les mines, se soulèvent, en particulier après la défaite du Comte de Toulouse sur les bords de l’Orbieu (18).
En 793, les sarrasins esclaves des mines du Rouergue se seraient soulevés eux aussi. Une tradition rapporte que la ville de Largentière aurait subi un siège du temps de Charlemagne et que la révolte de cette ville se serait étendue à toutes les villes des Cévennes. La répression est féroce (19).


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Vestiges

A propos de l’influence des Sarrasins en France, Reinaud se pose la question de savoir pourquoi leur souvenir est resté si présent. Il pense que « la cause, la véritable cause d’un fait si singulier, c’est l’influence qu’exercèrent au moyen-âge les romans de chevalerie, influence qui s’est maintenue plus ou moins jusqu’à nos jours ». Et ces mêmes romans sont le plus souvent d’inspiration arabe (20). Signalons également le livre (en arabe) de Abdel Ilah Missoum, L'influence des Muwwachahat (poésie andalouse) sur les Troubadours, Alger, 1981, 320p.

De son côté, Jean Lacam, au début des années 1950, entreprend des recherches archéologiques à Narbonne dans la cour de la Madeleine, près de la cathédrale. Il met à jour les vestiges d'une mosquée construite par les Arabes entre 712 et 759, dans une partie de l'église St-Rustique, ainsi que trois tombes musulmanes (21).

Les recherches archéologiques mettent également à jour de la céramique (fragments de poteries en terre cuite jaune paille et rouge orangé) dans la Cour de la Madeleine à Narbonne, sur le plateau de Sijean et dans le camp d’Alzonne près de Carcassone, ainsi que des traces d’usage de la poterie à glaçure, et des fragments de récipients de verre datés du 8ème siècle (22).
 

Inscription arabe. Eglise de l'Ecluse (Roussillon). (Dessin de J. Lacam)

S’agissant des pièces de monnaies arabes, il n’y a pas très longtemps, des recherches mettent à jour leur existence puisqu'au milieu du 19ème siècle Reinaud note « que ce qui reste des premières invasions des Sarrasins, ce sont des médailles arabes qui servirent de monnaie »(23).
Des monnaies sont également découvertes à Narbonne, à Crèze près de Carcassonne, à Perpignan, etc (24).

Dans un tout autre domaine, des tours d’observation (an-nariyya) furent construites par l’émir ‘Oqba dans le sud de la France vers 734 (25).

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Comportement et administration

Les Arabes appliquent aux populations du sud de la France les mêmes principes en usage chez les populations conquises non musulmanes.
Celles-ci continuent à pratiquer leur religion et gardent leur propre administration.
En 107 (H) / 725 (ApJC), quand l'émir andalou ‘Anbaça occupe Carcassonne les habitants cèdent, pour établir la paix, la moitié des dépendances territoriales de la ville aux Arabes, libèrent les prisonniers musulmans qui étaient retenus dans la ville, payent la djizia (imposition personnelle ou compensation) et s’engagent à respecter les lois qui gèrent les populations non musulmanes en terre d’Islam (26).
« Les Sarrasins, dit Reinaud, avaient respecté la religion du pays, et ils avaient laissé aux habitants des chapelles et des églises pour exercer leur culte; il était de plus resté des ecclésiastiques pour desservir ces églises »(27).

L’émir ‘Anbaça bénéficiait d'une bonne réputation, même parmi les Chrétiens. Selon Isidore de Beja, cité par Arslan, les conquêtes de cet émir sont davantage marquées par l'adresse et la prouesse que par la force et la violence (28) et « son équité rassemblait dans une même justice Musulmans, Chrétiens et Juifs, qui tous étaient pesés dans sa balance avec une égale impartialité » (29).

De même, en 734, sous l’émir ‘Oqba, les populations chrétiennes appliquent leur propre législation ; et c’est ainsi qu'après 737, les Goths du Languedoc auront leurs propres comtes mais qui seront privés de toute juridiction militaire (30).

Cependant les auteurs arabes ainsi que les auteurs chrétiens parlent des ravages que provoquent les expéditions arabes, en particulier en Aquitaine et en Languedoc. Mais on note qu’en Provence, les Arabes, alliés de chefs provençaux, appliquent vis à vis des populations chrétiennes une politique plus souple qu’ailleurs. Il faut remarquer enfin, que les pèlerins et les marchands chrétiens peuvent se rendre librement en Egypte, en Syrie et dans les autres pays Musulmans (31).

S’agissant des impôts, c’est l'émir Assamah qui le premier en 720 étend les règles en usage en Andalus, au Languedoc. Dans cette dernière contrée il distribue aux guerriers et aux familles musulmanes pauvres, une partie des terres enlevée aux Chrétiens. Le reste est laissé au fisc (32).
Les conquêtes de ‘Anbaça ont pour résultat de doubler les rentrées des impôts par rapport aux années précédentes.

En règle générale, les Arabes respectent la propriété et la religion des populations. Ils s’emparent, par contre, des biens des églises et de ceux qui quittent le pays. D'autre part lorsque le pays est occupé par la force, sa population est soumise à un tribut double de celui exigé d’un pays qui se soumet (33).

Ainsi les populations françaises payèrent : 
- un impôt sur leurs biens qui s'élevait au cinquième du produit (alors que cet impôt est le dixième du produit, pour les biens tombés entre les mains des Arabes),
- un impôt personnel appelé djizia ou compensation,
- un impôt appelé zakat sur les marchandises et les biens meubles estimé à 5% (contre 2,5% pour les Arabes).


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Lieux-dits et populations sarrasines. Recherches archéologiques

De nombreux lieux en France témoignent jusqu’à nos jours du passage ou de de la présence plus ou moins durables des Arabes dans ce pays au début du 8ème siècle.
Ces lieux évoquent les temps passés, à travers leurs noms ou les vestiges qui y sont découverts. Certains de ces vestiges ont été cités plus haut, comme la mosquée de Narbonne, par exemple.

Des noms de lieux indiquant des sites de batailles livrées par les armées arabes et françaises (batailles de la Berre près de Narbonne, batailles dans la vallée du Rhône et en Ardèche, etc.), ou des lieux de résidence forcée pour les Sarrasins (mines des Cévennes et de l’Ardèche) ou enfin des cités où vécurent jadis ces Arabes.

Cruche en terre cuite jaune trouvée dans une tombe à Sigean près de Narbonne (Photo J. Lacam)

 On a plus d’information sur les sites miniers puisque l’habitat était concentrationnaire, donc contrôlé. Quant aux autres endroits de résidence, on ne peut émettre que des hypothèses sur le devenir de leurs populations : se sont-elles fondues dans les populations autochtones, ou sont-elles retournées en Andalus, après la fin de l’occupation arabe ?

Des investigations ont lieu dans des endroits ayant servi probablement de séjour aux Sarrasins, ou des lieux où se déroulèrent jadis des batailles : Languedoc-Roussillon (Sijean, Les Corbières, la montagne noire), la vallée du Rhône, l'Ardèche, etc.

  

 Sur les bords de la Berre, non loin de Narbonne, eut lieu la bataille de la Berre, entre Charles Martel et l’armée arabe commandée par Omar, venu soulager Narbonne assiégée par les troupes de Charles Martel.
Des traces de cette bataille ont été révélées : une éminence appelée Pech Maho (observatoire du commandant Omar); dans les vignes du plateau de Gratias on a découvert de nombreux tessons intéressants; sur le plateau des Cavettes se tenait le camp arabe (34).

Dans le Roussillon, est situé un cimetière à 2 km du Prieuré de Serrabone, appelé « Cimetière des Maures ».
L’église de Planès, dans les Pyrénées Orientales, est appelée par les gens du pays la « Mesquita ». Elle serait l’oeuvre d’un architecte arabe (35 & 36).
Et il ne faut pas oublier les églises de l’Ecluse et St-­Martin des Puits (37).

Dans la vallée du Rhône et en Vivarais (Ardèche)

Région de la basse-Ardèche occupée par les Sarrazins (Lacam Jean, Paris, 1965, 217 p., p.98). 

 

En 734, Avignon devient pour les Arabes une base dont dépendent des camps installés dans le Vivarais (Ardèche) : 
- au nord du département de l’Ardèche, près d’Andance, se situait le Ribât (camp) au sommet de la colline du Castellet, au lieu-dit La Sarrazinière (peut-être y avait-il également un poste de surveillance sur l’autre rive à l’emplacement du château de Mornas (ancien nom Morenate),
- le deuxième centre se trouverait entre Viviers et la basse Ardèche et le camp retranché se situerait au sommet de la Dent de Rez. Enfin le camp le plus avancé des Sarrasins parait avoir été Le Pouzin.

Sur le Rhône et au sud du Pouzin, il y a Rochemaure, qui aurait été occupée par les Sarrasins, et près de Viviers, le lieu-dit Les Sarrasins.

Plus à l’ouest (du Rhône?) non loin du village de Vallon et sur les affluents : Le Chassezac, la Baume et la Ligne, il y eut de nombreux endroits aux bords de ces rivières où des camps de défense sarrasine furent installés (aux environs des contreforts des Cévennes. Au passage de ces trois affluents, on retrouve des vestiges sarrasins : à Rosières, au passage de la Baume, au lieu-dit Chon de Regi (Champ du Roi) on a trouvé, en labourant les champs, des débris d’armures et d’armements.

Dans la plaine de Beaulieu, on a trouvé des ossements et des débris d’armes au lieu-dit « Sarrasins », dans la commune de Berrias.

Les Sarrasins ont occupé aussi le château et le village de Cornillou en 734 et 737.

A St-Marcel on parle d’un cimetière de chevaux (38).
A l’est de St-Marcel et sur les bords du Rhône, sur la colline de Brancas, on a trouvé des poteries décorées de cercles concentriques.

Des investigations réalisées à St-Just, St-Marcel, Bidon et St-Remèze montrèrent l’emplacement du combat qui aurait eu lieu dans la plaine de l’Aurèle.

Le bas-Vivarais

Autour du plateau de St-Remèze, il y a:
- le village de Rieumourenc;
- le lieu-dit Sarrazin dans le vallon de Conspié, à l’ouest de Viviers;
- le lieu-dit Sarrazin à Lagorce appelé autrefois Sarrazin;
- un pont Sarrazin à côté de Vallon;
- lieu-dit La Morelle;
- lieu-dit Darbousset, près de Bourg St-Andéol;
- lieu-dit Darboussières au nord de la côte de Razal;
- un quartier des Catalans;
- un quartier Mournègre, au voisinage de St-Jean d’Artignan.

Dans cette région, la patronymie et le type sarrazin évoquent les temps passés (39).

D’autres patronymes évoquent les Sarrasins en France : Sarrazin dans le sud-ouest, Neyrat en Auvergne, Brunet sur le Rhône, vers Marseille, Noir en Rhône-Alpes et au Centre, Turquant au Cap Corse, Mohr et Schwartz en Alsace (40).

La tradition locale du Vigan (dans le sud du Rouergue?) relate que les Sarrasins arrivèrent par le nord du côté de Mandagont, qu’ils descendirent sur le Vigan par le col qui a gardé le nom : col de Mourèzes, qu’ils forcèrent la ville et la détruisirent. Plusieurs noms autour de Le Vigan rappellent la présence des Sarrasins : Camp Sarrazi, Le Mas de Régis qui aurait été l’habitation du roi des Sarrasins. Ainsi des armes de cette époque sont trouvées autour de la ville. Egalement la vallée de la Vis, orientée vers Narbonne et l’Espagne, a porté longtemps le nom de Route des Invasions.

Dans les Cévennes, à Vallée Française, la tradition rapporte l’existence des combats contre les Sarrasins dans les environs (41).


fin du chapitre 2

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Notes du chapitre 2

(1) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8ème, 9ème et 10ème siècles - d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 p., p. 52-53. Retour au texte

(2) - Ibn al-Athir dit que 'Oqba est mort, plus tard, après le raid sur Autun. Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh (Histoire), 10 volumes plus 1 volume index, Beyrouth, 1982, vol. 5, p. 185. Ibn al-Athir = historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC). La Sicile sera occupée par les Arabes jusqu'en 1050. Retour au texte

(3 & 4) - Appelé ainsi parce qu’il existe un rocher sur lequel sera construit le château des papes, Réf: Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafhï½°attib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.274. Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC). Retour au texte

(5) - Le siège est levé pour aller à la rencontre de l'armée envoyée par ‘Oqba venue soulager les Arabes assiégés à Narbonne. L'armée arabe, venue par mer, débarque à l'embouchure de la Berre (non loin de l’actuel site de Sijean). Les Arabes sont vaincus, mais leurs forces ne sont pas détruites complètement par Charles Martel qui renonce à assiéger Narbonne. Rappelons que Charles Martel avait déjà assiégé la ville en 732, après la bataille de Poitiers, sans aucun succès. Retour au texte

(6) - Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 p., p. 24; Reinaud, o.c., p. 58-60. Retour au texte

(7) - Ibn Qutiyya, Ta’rikh iftitah al-Andalus, tahqiq Ibrahim Al ibyari, Beyrouth, 1982, 158 pages, p.39-42. Ibn Qutiyya, historien andalou, mort en 367 (H) / 977 (ApJC).
La révolte eut lieu en 123 (H) / 740 (ApJC). En 129 (H) / 746 (ApJC), le même gouverneur se rebellera contre l’émir Youçouf ibn Abd-ar-Rahman . Il est tué, sa rébellion ayant échoué, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol 5, p. 376. Retour au texte

(8) - Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date [introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC)], 310 pages, p. 66.
En effet en 752, Pépin décide d'assiéger Narbonne. Mais la résistance des Arabes est longue. Un facteur important immobilise les armées suite à une famine qui ravage la France et l'Espagne, Réf: Reinaud, o.c., p. 78.
En 759, Narbonne est livré à Pépin par les habitants Wisigoths de la ville auxquels il promet l'autonomie, Réf: Arslan, o.c., p. 113. Pépin ne tiendra pas sa promesse. Retour au texte

(9) - Abd-ar-Rahman 1er fait sécession de l’empire abbasside et fait de l’Andalus un royaume indépendant pour lui et sa descendance, Réf: Al Maqqari, o.c., vol I, p. 282. Retour au texte

(10) - Au moment où Abd-ar-Rahman 1er est en train de conquérir le pouvoir en Andalus, le khalife abbasside Al Mansour demande à ses agents de soulever l’Andalus contre lui. Mais le prince ommeyade déjoue le complot et envoie la tête du chef des comploteurs à la Meqque afin qu’elle soit vue par Al Mansour qui est en pèlerinage à ce moment là, Réf: Ibn Qutiyya, o.c., p. 54-55.
Ibn Khaldoun date les faits en 149 (H) / 766 (ApJC), Réf: Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman (732-808 (Hégire) / 1332-1406 (ApJC), Kitab al ‘Ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, tome VII, p. 266; Ibn al-Athir, quant à lui, date les faits en 146 (H) / 763 (ApJC), Réf: Ibn al-Athir, o.c., Vol 5, p. 575. Retour au texte

(11) - La guerre entre Abd ar Rahman 1er et les Abbassides se poursuit sous le khalifat abbasside d’Al Mahdi. En 160 (H) / 776 (ApJC), une armée maghrébine fidèle aux Abbassides débarque en Andalus pour tenter de faire revenir l’Andalus dans le giron de l’empire abbasside. Le gouverneur de Barcelone, Sulayman ibn Yaqdhan, refuse d’aider les Maghrébins et les combat. Echec des Maghrébins, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol VI, p. 54.
En 164 (H) / 780 (ApJC), le gouverneur de Barcelone Sulayman se rebelle contre Abd-ar-Rahman 1er et offre son alliance à Charlemagne. Le projet du gouverneur échoue, Réf: Ibn al-Athir, o.c., vol VI, p. 64. Retour au texte

(12) - Al Maqqari, o.c., vol I, p. 330-331. Retour au texte

(13) - Arslan, o.c., p. 113-114. Retour au texte

(14) - Le professeur souligne l’importance de cette implantation dans le devenir futur de la médecine dans cette région (Université de Montpellier). Il précise aussi qu’il existe dans le musée de l’Université des pièces trouvées à Maguelone portant des versets du Coran et des formules arabes, Réf: Arslan, o.c., p.236. Retour au texte

(15) - On rapporte que les habitants du bord de la Saône, entre Mâcon et Lyon, surtout sur la rive nord, seraient des descendants de soldats d’un camp arabe coupé du gros de l’armée, après la défaite de Poitiers. Et on précise qu’ils ont des coutumes et utilisent des termes spécifiques qui seraient d’origine arabe, Réf: Reinaud, o.c., p. 302-303 ; Arslan, o.c., p. 239.
Mais rien de tout cela n’est attesté. D’autre part, il y a certains qui rattachent aux invasions sarrazines des populations installées dans le Bigorre et dans les contrées voisines et qu’on appelle cagots, terme qui viendrait de caas-goths (chasseurs de Goths). Cette interprétation est rejetée catégoriquement par Reinaud; Réf: Reinaud, o.c., p. 304. A propos des cagots, voir : Francisque MICHEL, Histoire des races maudites de la France et de l’Espagne, 2 volumes, 1847. Retour au texte

(16) - Lacam, o.c., p. 96. Retour au texte

(17) - La fondation de la ville de Joyeuse est le résultat de l’occupation après 737 du camp sarrazin récupéré au lieu-dit du Pouget, faubourg Est de Joyeuse. Le camp de Largentière est fondé en 737: « l’humble hameau qui se trouve au voisinage des mines se transforme en un vaste camp de concentration pour les captifs sarrasins, les plus récalcitrants étant employés dans les mines, les autres, utilisés pour des travaux agricoles ou artisanaux suivant la compétence de chacun », Réf: Lacam, o.c., p. 92.
Les noms donnés aux quartiers de Largentière depuis l’origine et connus aujourd’hui encore sous les noms de Sarrasins et de Ségalières au bord de la rivière, attestent de la présence des nombreux prisonniers sarrasins travaillant dans les mines, Réf: Lacam, o.c., p. 92-94. Retour au texte

(18) - Il s’agit de l’intervention contre Narbonne, sous l’émir de l’Andalus, Hicham 1er, fils de ‘Abd-ar-Rahman 1er, en 177 (H) / 793 (ApJC). ‘Abd-al-Malik ibn Moughith commande l’expédition. Mais les Arabes ne peuvent pas s’y installer comme la première fois, 70 ans auparavant, Réf: Al Maqqari, o.c., vol I, p. 337-338.
Aucune autre expédition arabe ne sera menée en Septimanie. Ibn Khaldoun dit que Hicham 1er envoie son vizir Abd-al-Malik à Gérone et à Narbonne, Réf: Ibn Khaldoun, o.c., vol VII, p. 271. Retour au texte

(19) - Lacam, o.c., p. 95.
Ce n’est qu’à partir de l’avènement de Louis-Le-Pieux en 814, que le sort des captifs Sarrasins commence à s’améliorer avec le début de « l’assimilation des colonies sarrazines attachées aux mines ». Cette assimilation dure longtemps, la relève des captifs sarrasins étant assurée par de nouveaux captifs, pas tous d'origine sarrazine, Réf: Lacam, o.c. p. 95-96. Retour au texte

(20) - « Presque chaque ville du midi de la France et de l’Italie fut censée avoir eu son émir et son prince sarrazin, ne fût-ce que pour ménager aux preux de la chrétienté le mérite de les déposséder », Réf: Reinaud, o.c., p. 311-314.
« Pour comprendre le substrat des récits épiques, il faut avant tout consulter les textes arabes », Réf: Naissance et développement de la chanson de geste en Europe, par A. de MANDACH, Paris/Genève, 1961, cité dans : Literatura arabe y literatura francesa en la edad media, par Alvaro GALMES DE FUENTES, Sharq Al-Andalus - Estudios Arabes, Alicante, num. 7 (1990), pp. 37-53, p. 39. Retour au texte

(21) - Lacam, o.c., p. 45. L'auteur des fouilles se pose la question de savoir si le clocher (à l'opposé du mihrab) de l'église carolingienne, appelé traditionnellement "Tour Moresque", n'est pas l'ancien minaret qui n'avait pas été détruit comme l'avait été la mosquée.
Les têtes des squelettes trouvés dans les tombes sont orientées Est-Sud-Est, c'est à dire dans la même disposition que dans les pays musulmans, Réf: Lacam, o.c., p. 56-­59. Retour au texte

(22) - Lacam, o.c., p. 59-64 et 68. Retour au texte

(23) - Reinaud, o.c., p. 291. Retour au texte

(24) - Lacam, o.c., p. 70.
Lorsque Mouça Ibn Nussayr (gouverneur d'Ifriqia – Maghreb actuel) arrive à Tolède, il fait frapper des monnaies en son nom, en latin.
Monnaies trouvées en France :
- dinar à légendes arabe et latine daté de 95 (H) / 714 (ApJC) trouvé à Perpignan en 1841;
- dirham avec formule coranique frappé à Taimara (Iran) daté de 95 (H) / 714 (ApJC) trouvé à Bizanet, près de Narbonne en 1856;
- bronze à légendes arabe et latine frappé au Maghreb, daté de 97 (H) / 716 (ApJC), trouvé à Douzens à mi-chemin entre Narbonne et Carcassonne en 1943;
- dirham avec formule coranique, frappé à Istakhr (Iran), daté de 96 (H) / 715 (ApJC), trouvé à Crèze près de Carcassonne en 1943.
D’autres monnaies sont découvertes à Perpignan:
- un dinar daté de 120 (H) / 740 (ApJC);
- un dirham daté de 145 (H) / 762 (ApJC);
- un dirham daté de 155 (H) / 773 (ApJC).
Un dirham avec une formule coranique, frappé en Andalousie et daté de 176 (H) / 793 (ApJC) est trouvé en 1943 à Marseillette, près de Carcassonne (la date de 793 correspond à l’assaut des troupes arabes contre Narbonne sous Hicham 1er, émir de l’Andalus).
On parle d’une monnaie frappée à l’effigie d’Assamah.
D’autres monnaies de petit module trouvées dans le sous-sol de Narbonne sont du 8ème siècle; elles ont dues être frappées à Narbonne. Retour au texte

(25) - C’est son prédécesseur Assamah qui commence la construction de ces tours en France en même temps qu’il les développe en Andalus. Les Arabes avaient développé en effet un système de tours d’observation et de communication construites entre Alexandrie et Tanger. De ces tours, en allumant des feux les uns après les autres, en une nuit, on pouvait transmettre une information de Tanger à Alexandrie, Réf: Arslan, o.c., p. 237-238. Retour au texte

(26) - Ibn al-Athir, o.c., vol V, p. 136. Retour au texte

(27) - Reinaud, o.c., p. 274. Retour au texte

(28) - Arslan, o.c., p.73. Retour au texte

(29) - La bataille de Poitiers, par Jean-Henri Roy et Jean Deviosse, Paris 1981 (1ère édition : 1966), 350 pages, pp. 155-156. Retour au texte

(30) - Reinaud, o.c., p. 271-272. Retour au texte

(31) - Reinaud, o.c., p. 63 et 284. Retour au texte

(32) - Reinaud, o.c., p.279. Retour au texte

(33) - « Quand un pays se soumettait de lui-même, les vainqueurs respectaient les propriétés et le culte établi. Seulement ils s’emparaient d’une partie des églises qu’ils convertissaient en mosquées, et prenaient les richesses des églises, les terres vacantes, et les biens dont les propriétaires s’étaient expatriés... Pour les pays qui ne s’étaient soumis qu’à la force, ils étaient exposés à toute la violence de la conquête, et le tribut qui leur était imposé s’élevait au double des autres », Réf: Reinaud, o.c., p. 8. Retour au texte

(34) - Dans tous ces lieux cités, on a trouvé des tombes appartenant à des Musulmans, identiques à celles trouvées dans la cour de la Madeleine à Narbonne, Réf: Lacam, o.c., p.74. Retour au texte

(35 & 36) - « On pense que les Arabes, rejetés sur Serrabone, enterrèrent leurs morts pas loin du Mont Rouge et plus loin, au Mas d’Azil », Réf: Lacam, o.c., p.78-81. Retour au texte

(37) - L’église de l’Ecluse, particulière quant à son architecture, se trouve dans le village de l’Ecluse, à 5 km du Boulou, sur la route allant de Perpignan au Pertus. Ses motifs décoratifs ressemblent bien à ceux qui ornent les mosquées de l’époque omeyyade. A l’intérieur de cette église, on remarque une inscription arabe conservée jusqu’à nos jours, Réf: Lacam, o.c., p.81-84.
En 1957, dans l’église de St Martin des Puits dans les Corbières on découvre des décorations avec des motifs qui se répètent et qui représenteraient des caractères coufiques, Réf: Lacam, o.c., p.84-85 et 87. Retour au texte

(38) - Lacam, o.c., p.87. Retour au texte

(39) - « Lagorce, à Vallon; dans tous les hameaux voisins des gorges de l’Ardèche; à St-Martin; à St-Just, à St-Marcel-d’Ardèche, les Saladin, les Morni, les Eldin et ses dérivés Leldin et Deldin abondent. Ces patronymes ainsi que Sarrasins et Allamel ont gagné le reste du bas Vivarais, mais au voisinage de la basse Ardèche et du bas Chassezac, ils sont en bien plus grand nombre », Réf: Lacam, o.c., p.93-94. Retour au texte

(40) - Les Sarrasins à travers les Alpes : fouilles et glanes dans l'histoire musulmane, par J.Pierre Sandoz, Stäfa 1993, 96 pages (traduit de l'allemand), p. 27. Retour au texte

(41) - Lacam, o.c., p. 96-97.
-Pour Le Vigan, Lacam cite Pierre Gorlier :« Le Vigan à travers les siècles », 1955.
- Il y avait une imprégnation sarrazine très marquée dans certains hameaux accrochés aux pentes de la vallée. Existence de deux lieux de combats : « Fez Rolland » et « Fès Begnon ». De plus, pendant des siècles les habitants de Vallée Française ne payèrent pas la taille, en remerciement de leur participation à la lutte contre les Sarrasins, Réf: Lacam, o.c., p. 96-97. Retour au texte


fin des notes du chapitre 2

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