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Chapitre 3 : Débarquement des Arabes en Provence (1)

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Vers 889-890, le Dauphiné et la Provence dépendent de Boson, roi d’Arles. Et à Cordoue règne l’émir ‘Abd-Allah Muhammad (888-912).
Selon Luitprand (2), entre 891 et 894, une vingtaine de pirates andalous débarquent dans une crique du golfe Sambracinatus, l’actuel golfe de St-Tropez, appelé autrefois golfe de Grimaud (3).
Ils apportent la nouvelle en Espagne et reviennent plus nombreux et armés et s’installent dans le Fraxinet (l’actuel Massif des Maures).

-Description du Massif des Maures selon des sources arabes
-Description du Massif des Maures selon des sources chrétiennes
-Expéditions sarrasines à partir du Fraxinet, forteresse importante du Massif
-Une population andalouse préétablie en Provence

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Description du Massif des Maures selon des sources arabes

Ibn-Hawqal, géographe arabe (mort en 977), dit que Jabal al-Fulal (ou Jabal-al-Qilal = la Montagne des hautes cimes=, c’est ainsi que l'auteur désigne le Massif des Maures), dépend, tout comme l’île de Majorque, du khalifat de Cordoue.
Jabal-al-Qilal est à l’époque qui nous intéresse une île, hypothèse confirmée de nos jours (4).
Ibn Hawqal situe Jabal-al-Qilal sur la terre des Francs. Selon lui, ce massif est occupé par des Mujahidin (combattants). Eau, terre et agriculture nourrissent ceux qui s’y réfugient. En construisant des fortifications au sommet de collines stratégiques, les musulmans empêchent les Francs de s’approcher du massif. L'accès à ces fortifications est très difficile. La longueur du massif correspond à deux journées de marche (5). Voilà ce que nous dit Ibn-Hawqal à propos du Massif des Maures.
Quant à Al-Istakhri, il nous décrit le Jabal al-Qilal avec des rivières torrentueuses. Et, précise-t-il, l’endroit occupé par les Sarrasins est inaccessible. Ceux-ci résistent aux Francs qui ne peuvent les en déloger.

 Jabal al-Qilal décrit par Ibn-Hawqal comme une ile en Méditerranée: au niveau du (1). 

 Al-Istakhri, tout comme Ibn-Hawqal, estime la longueur du massif à deux journées de marche (6).
Dans un autre texte relatif au Jabal al-Qilal, intitulé « Hudud al ‘alam » (Les régions du monde), on y lit : « Dans la mer des Rum, se trouvent six îles habitées et deux montagnes. Le Jabal al-Qilal est situé à proximité du pays des Rum. A l’ouest il y a une montagne dont on dit que personne n’a été capable d’en atteindre le sommet, du fait de sa hauteur, montagne riche en gibier, bois de construction et combustible » (7).

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Description du Massif des Maures selon des sources chrétiennes

 Selon Liutprand, le Fraxinet ou Massif des Maures est situé aux confins des Italiens et des Provençaux. Un côté est baigné par la mer, les autres sont entourés d’une forêt épineuse. Selon le même auteur, ainsi que le chroniqueur de la Novalaise, la principale forteresse des musulmans est située sur le rivage de la mer (8).
Ce que les Arabes appellent Jabal-al-Qilal correspond au Fraxinet. En effet, au 19ème siècle, Jabal al-Qilal est identifié par Reinaud au Fraxinet, situé en Provence et dont les sommets restent inhabités avant l’arrivée des Andalous. Le golfe de Grimaud serait le seul endroit possible en Provence, pour lequel correspondraient des descriptions arabes et des textes se rapportant au Fraxinet. Les bases les plus importantes de l’implantation des Andalous en Provence sont : La Garde-Freinet, Grimaud, Cogolin, Ramatuelle, Gassin, Notre-Dame-de-Miramar, etc. Les Andalous y construisent des forteresses, des forts et des châteaux. Ils créent un port fortifié dans le golfe Grimaud abritant toute une flotte.

 La forteresse la plus importante et la plus célèbre, appelée Fraxinet, est construite au col du Freinet, point à partir duquel ils dominent l’ensemble de la région. On aperçoit encore des vestiges de cette base : « des portions de murs taillés dans le roc, une citerne également taillée dans le roc et quelques pans de murailles »(9).
Cependant, Reinaud pense que l’endroit où on suppose l’emplacement de la forteresse la plus importante (à la Garde-Freinet) n’est pas exact (10).

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Expéditions sarrasines à partir du Fraxinet

A partir de cette base, les Sarrasins vont ravager le comté de Fréjus. Ils pénètrent dans la région de Marseille et remontent le Rhône (Valentinois, Viennois). Ils s’étendent alors vers l’est, jusqu’aux Alpes. Les églises de Sistéron et de Gap sont brûlées.
Un acte ancien signale, près d’Embrun, trois tours fortifiées où les Sarrasins s’établissent et d’où ils dominent les environs (11).« Les campagnes passent sous le contrôle des Sarrasins, les villes conservent leur autogestion sans être inquiétées par leurs armées à l’exception du port de Fréjus qui fut entièrement détruit, redouté, comme le rival dangereux du port voisin de Grimaud (créé par les Sarrasins) »(12).

Les Sarrasins arrivent au Piémont jusqu’à Acqui et Asti (13 & 14). C'est ainsi, qu'ils vont s’installer dans les Alpes à partir du Fraxinet.

En Provence, les Sarrasins resteront près d’un siècle, et beaucoup plus longtemps encore dans les Alpes.
On peut se demander comment un nombre si peu élevé d’Andalous débarqués en Provence aient pu “ occuper ” une si grande étendue ?Les auteurs arabes ne parlent pas en détail de l’installation des Andalous dans le Massif des Maures. C’est à peine s’il y a eu deux ou trois récits sur ce point, et encore, de manière indirecte (celui rapporté par Ibn Hawqal, cité plus haut, et le contrat entre le khalife de Cordoue et Hugues de Provence).
Les auteurs chrétiens, quant à eux, ils pensaient que les Arabes du Fraxinet dépendaient de Cordoue et qu’ils payaient tribut au khalife (15).

Les relations entre les Arabes de Provence et l’Andalus se font surtout par mer (apport en personnes, échanges de marchandises, etc.). A cette époque la flotte andalouse est de loin supérieure à la flotte franque (16). De plus, les Andalous du Fraxinet correspondent avec Cordoue par l’intermédiaire de pigeons voyageurs, comme en témoignent les vestiges de pigeonniers du Var (17).

Ce qui explique également le développement de la population sarrasine en Provence est l’hypothèse d’une islamisation d’une partie des populations locales rencontrées, soumises ou attirées par la nouvelle aventure. Mais sur ce point il y a peu d’informations (18).

Enfin, une dernière hypothèse est l’existence d’une population sarrasine préétablie, et qui exista bien avant l’arrivée des Andalous en Provence en 889-890.

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Une population andalouse préétablie en Provence

Dans la première moitié du 8ème siècle, lorsque les Arabes occupaient le Languedoc, ils faisaient déjà des incursions en Provence.
Si les tentatives d’occuper cette région avaient alors échoué, il n’en demeure pas moins que cet objectif restait présent à l’esprit des gouverneurs de Cordoue.

Après la chute de Narbonne en 759, alors que l’Andalus traverse une crise politique aiguë, les Andalous n’arrêtent pas leurs attaques contre les Francs jusqu’à leur installation en Provence à la fin du 9ème siècle (19).

On peut également penser que les troupes arabes qui traversent les Pyrénées, en route pour le pays des Francs, ne sont pas toutes revenues en Andalus (20).

Après la prise d’Avignon par Charles Martel en 737, les populations sarrasines fuient les massacres qui s’en suivent (21).
D’autre part, Charles Martel, après l’échec de son siège de Narbonne (après 737), retourne en Austrasie, par la vallée du Rhône, en emmenant de nombreux prisonniers sarrazins. Ceux-ci sont employés pour une partie d’entre eux, à des travaux agricoles dans le Vivarais, et les plus récalcitrants sont envoyés dans les mines argentifères des Cévennes qui servent de camp de répression. Les captifs sarrazins ne sont pas obligés d’abjurer leur religion du temps de Charles Martel et de Pépin le Bref; car ce qui importe à ces derniers, c’est l’extraction du métal (22).
Ainsi ces populations captives gardent longtemps leurs sentiments d’appartenance sarrasine, et ne cessent de se soulever à chaque occasion (23).
On pourrait penser qu’après la chute de Narbonne en 759 et le retour des Andalous en Provence à la fin du 9ème siècle, rien ne s’était passé. Au contraire !

Au 8ème siècle

Déjà en 734, le gouverneur de Narbonne, Youcef ibn ‘Abd-ar-Rahman traverse le Rhône. En 735, le même Youcef, appuyé par Mauronte, duc de Marseille, s’empare d’Arles (24). Fretta, aujourd’hui St-Rémi, et Avignon sont occupés. C’est ainsi que durant quatre ans les Arabes resteront en Provence.

En 737, Charles Martel reprend Avignon. Nouvelle incursion des Sarrasins en Provence en 739; ils menacent cette fois les Lombards. Les Sarrasins, ainsi que leurs alliés provençaux, sont repoussés une nouvelle fois par Charles Martel. Une partie de ceux qui sont repoussés, prend la route des Alpes le long de la Durance, et l’autre, avec Mauronte, traverse Toulon et Hyères et s’arrête dans le Massif des Maures (25). Les Francs ne gardent que l’Ardèche; Mauronte tolère la présence des Sarrasins dans les régions abandonnées par les Francs, ceux-ci pouvant constituer un barrage contre les Lombards.

Enfin en 177(H) / 793(ApJC), sous le règne de l’émir andalou Hicham 1er (fils de ‘Abd-ar-Rahman 1er), il y eut une importante expédition dans le pays des Francs qui dura plusieurs mois (26).

Au 9ème siècle

Bien avant le débarquement des Andalous dans le Massif des Maures, une partie de Castellane (Basses-Alpes) est détruite en 812 par les Sarrasins (27).
En 813, ont lieu des attaques contre Nice et Civita Vecchia (près de Rome). Marseille est prise en 848.

Tous les émirs qui se succèdent à la tête de l’Andalus font de leur lutte contre les Francs une priorité.
En 210(H) / 825(ApJC), l’émir ‘Abd-ar-Rahman, fils d’Al-Hakam, envoie une expédition en terre des Francs, dirigée par Ubayd Allah Ibn al-Balanci, qui se solde par une grande victoire (28).
En 231(H) / 845(ApJC), le khalife andalou Abd-ar-Rahman II envoie son chambellan Abd-al-Karim ibn Mughith avec ses troupes, à Barcelone qui dépend alors des Francs (29). 
Et enfin, en 842 et en 850, des Sarrasins arrivent aux environs d’Arles. Après plusieurs expéditions, ils s’installent en Camargue en 869 (Voir: R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 248-249).

fin du chapitre 3

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Notes du chapitre 3

(1) - Les sources historiques concernant cet événement qui a touché la Provence à la fin du 9ème siècle ne sont pas nombreuses. Et la plupart d’entre elles sont postérieures aux événements. Citons quelques sources: les Annales de Flodoard, l’Antapodosis de Liutprand, la Chronique de la Novalaise (écrite sous diverses versions de 1025 à 1050 par un moine de cette abbaye, abbaye détruite par les Sarrasins au début du 10ème siècle), la Vie de St Mayeul, abbé de Cluny, par Syrus, la Vie de St Romule, la Vie de St Bobon. Retour au texte

(2) - A partir de 958, Luitprand, évêque de Crémone rédige l’ouvrage Antapodosis, où il exalte l’oeuvre accomplie par Othon Premier, empereur de Germanie, alors qu’il dénigre la politique italienne pratiquée depuis la fin du 9ème siècle.
Liutprand, qui était secrétaire de Bérenger, roi d’Italie, et qui ayant perdu les faveurs de son souverain, passe à la cour de Othon. Dans son ouvrage, l’évêque décrit le Fraxinet (l'actuel Massif des Maures). Retour au texte

(3) - Le nom de Grimaud qui est connu depuis le 10ème siècle dérive de Gibelin de Grimaldi qui reçut de Guillaume 1er de Provence la baronnie du Val-Freinet, en récompense de ses exploits contre les Sarrasins. Gibelin y établit sa résidence dans une des habitations que les Sarrasins avaient fondées, Réf: Lacam Jean, Les Sarrasins dans le Haut moyen âge français, Paris, 1965, 217 pages, p. 125. Retour au texte

(4) - Ibn Hawqal, Kitab Surat-al-Ard (Géographie de la Terre), Beyrouth, sans date, 432 pages, p.184-185. En effet, l’actuel village de Grimaud est entouré par les eaux. En dix siècles de nombreux espaces sont récupérés sur la mer.
« Les vallonnements qui entourent Grimaud ... formaient donc une île rattachée à la terre par le pont des fées... », Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 126. Retour au texte

(5) - Kitab Surat-al-Ard, o.c., p. 185. Retour au texte

(6) - Al-Istakhri, Kitab maçalik al mamalik(Les Voies des Royaumes), 350 pages, texte arabe édité par M.J. De Goeje dans Biblotéca geographorum arabicorum, University microfilms international, 1983, Volume I, p. 70-71. Retour au texte

(7) - J.Pierre Sandoz, Les Sarrasins à travers les Alpes, (traduction allemande) Stäfa, 1993, 96 pages, p. 33.
L’Andalus avait besoin de bois pour les chantiers navals de Tortosa. Retour au texte

(8) - B. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, 1901, 472 pages, p. 252-253. Retour au texte

(9) - Joseph Reinaud (1795-1867), Invasion des Sarrasins en France et de France en Savoie, au Piémont et en Suisse, pendant les 8, 9 et 10èmes siècles d’après les auteurs chrétiens et mahométans, Paris, 1886, 324 pages, p. 160. Selon Liutprand, les Sarrasins en arrivant sur le Fraxinet, s’étaient retranchés dans la montagne, « où ils habitaient des demeures souterraines », Réf: Le royaume de Provence, o.c., p. 254. Retour au texte

(10) - « Car la forteresse de la Garde-Freinet n’est qu’un plateau d’observation (ne pouvant contenir plus de 300 personnes), et que la véritable forteresse est située à une demi-lieue plus près de la mer, sur la montagne appelée aujourd’hui Notre Dame de Miramar, où l’on aperçoit encore les vestiges de larges fossés ».
Reinaud remarque par ailleurs que la plupart des écrivains italiens modernes ont placé le lieu où s’établirent les Sarrasins, dans le comté de Nice, près de Ville-Franche, à l’endroit où sera bâti plus tard le château de St-Hospice, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 159.
Pour Lacam, l’hypothèse “ La Garde-Freinet ” semble la plus probable, car le château peut se comparer au château omeyyade de Gormaz en Espagne, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 136-139. Retour au texte

(11) - Invasion des Sarrasins, o.c., p. 167-168. Retour au texte

(12) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 102. Retour au texte

(13 & 14) - R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, 510 pages, p. 86-87. Retour au texte

(15) - Liutprand rappelle à son ami Recemundo, évêque d’Elvire en Andalus, les récits des Andalous avec lesquels sont en rapports fréquents les Sarrasins du Freinet, Réf: Le royaume de Provence, o.c., p. 254-257. Retour au texte

(16) - Les Andalous résistent même aux Normands qui sont de grands navigateurs. Toutes les tentatives de débarquement de ces derniers en Andalus échouent. Voir:
-Ibn Idhari (mort en 1295), Al bayan al mughrib fi akhbar muluk al Andalus wal Mughrib (Histoire des rois de l'Andalus et du Maghreb), 4 volumes, Beyrouth, vol 2, p. 87-88) ;
-Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh (Histoire), 10 volumes, 1 volume d’index, Beyrouth, 1982, vol 7, p. 16-18. Ibn al-Athir est historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC);
-Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh at-tib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p.382-383. Al Maqqari meurt en 1041 (H) / 1631 (ApJC);
-Ibn Hayyan, Al Muqtabas (article : Al Hakam), texte arabe édité par Ali Al Hajji, Beyrouth, 1983, 327 pages, p. 23-34.
Avant la construction de bases navales importantes, à Séville, Bajjana et surtout Alméria, les marins andalous (commerce ou guerre) sont basés entre Tortosa et Valence. Et c’est le gouverneur de Sarragosse, responsable de cette base, qui l’utilisait comme point de départ des incursions dans les territoires carolingiens, Réf: Ta’rikh madinat Almariyya al islamiyya (Histoire d’Alméria islamique), qa’idat ‘ouçtul al Andalus, As-Sayyd ‘Abd-al-Aziz Salim, 1969, Beyrouth, 210 pages, p. 33. Retour au texte

(17) - Voir le chapitre 6 à propos des tours sarrazines dans le Var. Retour au texte

(18) - Les seigneurs locaux ne tardent pas à associer les Sarrasins à leurs querelles particulières, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 161.
« On croira sans peine que plus d’un chrétien, foulant aux pieds les lois de la religion et de l’honneur, faisaient cause commune avec eux (les Sarrasins) et avaient part à leurs rapines », Réf: Ibid, p. 167. Retour au texte

(19) - Dans la lutte des Arabes pour la suprématie en Méditerranée, les Andalous contrôlent la partie nord-ouest de la mer. N’oublions pas que ces derniers sont toujours en concurrence avec les ‘Abbassides de Baghdad au nom desquels se faisait la conquête des autres territoires chrétiens. A ce propos, le khalife abbasside Haroun ar-Rachid désireux de gagner Charlemagne à sa lutte contre Cordoue, lui « a donné » le tombeau du Christ, en même temps qu’il lui concède une autorité morale sur la population chrétienne de Palestine, Réf: H. Pirenne, De Mahomet à Charlemagne, 1937, 258 pages, p. 123.
Par ailleurs, en 330 (H) / 941 (ApJC), des Turcs apparaissent dans la marche supérieure de l’Andalus. Ils attaquent Lérida et Barbastro. Ils arrivent là en passant par les terres franques, en traversant la Lombardie, depuis l’Orient. Ils se retirent de l’Andalus aussi vite qu’ils sont arrivés, et tout rentre dans l’ordre, Réf: Ibn Hhayyan, Al Muqtabas V (Article: ‘Abd-ar-Rahman An-Nacir), texte arabe édité par P. Chalmeta, F. Corriente et M. Subh, Madrid-Rabat, 1979, 579 pages, p.481-483.
Mais on peut se demander qui a permis aux Turcs d’arriver jusqu’aux portes de l’Andalus, en traversant des pays théoriquement hostiles aux musulmans ? Complicité franco-abbasside pour déstabiliser le khalifat nouvellement instauré à Cordoue, khalifat concurrent de celui de Baghdad ? Retour au texte

(20) - L’armée andalouse qui entre en France en 732 est « nombreuse ».
On dit que les habitants du bord de la Saône, entre Mâcon et Lyon, surtout sur la rive nord, seraient des descendants de soldats d’un camp arabe coupé du gros de l’armée après la défaite de Poitiers, Réf:
-Invasion des Sarrasins, o.c., p. 302-303 ;
-Chakib Arslan, Histoire des expéditions arabes en France, en Suisse, en Italie et dans les îles méditerranéennes, Beyrouth, en arabe, sans date (Introduction datée de 1352 (H) / 1933 (ApJC), 310 pages, p. 239. Retour au texte

(21) - Quant aux populations dont on retrouve les descendants dans les villages de la basse Ardèche, elles se composent de fugitifs, soldats qui échappèrent aux massacres de St-Just et de la plaine d’Aurelles, perpétrés par Charles Martel en 737, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 96. Retour au texte

(22) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 24 et 94 ;
-Invasion des Sarrasins, o.c., p. 58-60. Retour au texte

(23) - Le Languedoc qui a reçu lui aussi de la main d’oeuvre sarrazine voit cette population se soulever.
En 793, lorsque Narbonne est attaqué par les troupes de Hicham 1er, les captifs travaillant dans les mines se soulèvent, surtout après la défaite du Comte de Toulouse sur les bords de l’Orbieu.
Les Sarrasins esclaves des mines du Rouergue se seraient soulevés eux aussi en 793.
Une tradition rapporte que la ville de Largentière aurait subi un siège du temps de Charlemagne et que la révolte de cette ville se serait étendue à toutes les villes des Cévennes. La répression fut féroce.
Ce n’est qu’à partir de l’avènement de Louis-Le-Pieux en 814, que le sort des captifs Sarrasins commence à s’améliorer avec le début de « l’assimilation des colonies sarrazines attachées aux mines ».
Cette assimilation dura longtemps, la relève des captifs sarrazins étant assurée par de nouveaux captifs, pas tous sarrazins, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 95-96. Retour au texte

(24) - Dans le sud de la France, profitant de l’occupation sarrazine, des personnalités chrétiennes, qui n’acceptent pas d’être soumises ni au duc d’Aquitaine et encore moins au roi franc, « se hissent à la tête de leur ville ». Mauronte, s’octroie le titre de duc de Marseille; il fait appel aux Sarrasins, et étend son pouvoir à la Provence entière, Réf: Invasion des Sarrasins, o.c., p. 52-53. Retour au texte

(25) - C’est de cette époque que daterait l’installation des Sarrasins dans le diocèse de Grenoble. Ils en seront chassés en 965, Arslan, o.c., p. 113-114. D’autre part, la fondation de Carnoules, en Provence, remonterait au 8ème siècle, après la destruction par les Sarrasins de l’ancien bourg de Château-royal construit sur une colline à l’ouest de Carnoules. Au sud-ouest de Carnoules se trouvent les vestiges d’un camp sarrazin, Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 196. Retour au texte

(26) - Lors de cette expédition, commandée par Abd-al-Malik ibn Mughith, les Arabes arrivent jusqu’en Bretagne, Réf: Al Maqqari at-Tilimçani Ahmad, Nafh at-tib min ghusn al Andalus ar-ratib, Beyrouth, 1968, 8 volumes, vol. I, p. 338. Al Maqqari mort en 1041 (H) / 1631 (ApJC).
L’expédition contre Narbonne est très importante, selon Ibn Idhari. Celui-ci déclare que Abd-al-Malik arrive jusqu’au pays des Normands, Réf: Ibn Idhari (mort en 1295), Al bayan al mughrib fi akhbar muluk al Andalus wal Mughrib, 4 volumes, Beyrouth ; vol 2, p. 64.
On a trouvé, en 1943, à Marseillette, près de Carcassonne une monnaie arabe : dirham frappé en Andalus et daté de 176(H) / 793(ApJC), Réf: Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 72.
Ibn al-Athir, quant à lui, parle d’une expédition en France en 180(H) / 796 (ApJC) sous l’émirat d’Al-Hakam I (796-822), expédition dirigée par Abd-al-Karim Ibn Mughith, Réf: Ibn al-Athir ‘izz-ad-Din abul-Hassan, Al Kamil fi at-ta’rikh, 10 volumes, 1 volume d’index, Beyrouth, 1982, voir vol 6, p. 149-150. Ibn al-Athir est historien : 555-630 (H) / 1160-1232 (ApJC).
Du côté de l’Atlantique, des Sarrasins, venus d’Espagne au 8ème siècle, débarquent dans l’île de Noirmoutier, Voir R. Poupardin, Monuments de l’histoire des abbayes de St Philibert, 1905, p.66, cité par H. Pirenne.
Enfin, en 799, les Sarrasins attaquent les côtes d’Aquitaine. Retour au texte

(27) - Les Sarrasins dans le Haut moyen âge, o.c., p. 195. Voir aussi la description des villages de Seillans et de Favas dans le chapitre 6 (Vestiges dans le var). Retour au texte

(28) - Ibn al-Athir, o.c., vol 6, p. 400. Retour au texte

(29) - Ibn Khaldoun Abd-ar-Rahhman ( 732-808 (H) / 1332-1406 (ApJC)), Kitab al ‘ibar..., 14 volumes, Beyrouth, 1981, Dar al Kitab al-Lubnani, vol 7, p. 282. Retour au texte

 fin des notes du chapitre 3

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